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Interview de Ghislaine Checchini, une femme aux multiples facettes

Bonjour à vous et bienvenue, on n’attendait plus que vous pour commencer cette interview. Je suis partie pour vous à la rencontre de personnes qui ont fait dans leur vie des changements en épingle à cheveux, pour se trouver réellement et créer dans leur vie un succès cohérent. Je suis allée leur poser cette question : « Comment fait-on pour engranger tous ces changements dans sa vie, qu’est-ce que ça demande comme énergie pour être soi, comment fait-on pour être heureux, tout simplement, et trouver sa voie ? » 

Je suis Woman on Tour, globetrotteuse, thérapeute, et accompagnatrice de votre changement.

Alors j’ai eu la chance d’assister à un concert qui m’a énormément inspirée, durant lesquels j’ai eu la chance d’écouter des mantras et des prières spirituelles, venant du monde entier.

Ce concert, il a été bâti, créé par une artiste. Une femme qui est avant tout spécialiste du shiatsu, qui est également professeur de yoga du chant, et une grande voyageuse qui sait s’immerger dans les tribus locales, comme les Indiens d’Amérique, comme les Shamans de Mongolie. C’est une femme qui a beaucoup en elle, de sagesse, de spiritualité, et qui pourtant, dans sa vie, a fait de grands changements. Il y a eu un avant et un après. Je vous présente Ghislaine CHECCHINI.

– Cette interview est la version écrite d’une interview vidéo que vous pouvez consulter en cliquant ici. –


MARIE-FRANCE : Bonjour Ghislaine, comment tu vas ?

GHISLAINE CHECCHINI : Bonjour, ça va très bien, merci.

MF : Merci à toi d’accepter cet échange entre nous, pour nous parler un petit peu de ta philosophie de vie, et de tes changements de vie très intéressants. Est-ce que tu pourrais te présenter, pour les personnes qui nous ont rejointes, te présenter avec tes mots ?

Ghislaine chante woman on tourGC : J’ai un parcours atypique, j’ai commencé ma carrière dans le toucher en étant esthéticienne. J’étais au contact des gens, au contact de la peau, mais ça restait assez superficiel, qui correspondait bien à ce que j’étais à l’époque, parce que j’étais également chanteuse de bal. Là aussi, quelque chose de très extérieur. Chanteuse de bal, on faisait beaucoup de dates, avec les orchestres de la région, 11 départements à peu près, et c’était chanter à la façon de France Gall, de Tina Turner, passer d’une voix à une autre. Pas tellement d’intériorisation, pour moi. Beaucoup de mimétisme. Et j’ai fait ça pendant 25 ans, je m’y plaisais beaucoup, et un jour j’ai rencontré le zen shiatsu, qui a été une autre approche du toucher que l’esthétique, qui s’est adressé à la profondeur de l’être. Le zen shiatsu, c’est aller chercher la profondeur de l’être, l’aspect émotionnel, l’aspect psychologique, dans son fonctionnement organique ; et aller comprendre pourquoi l’extérieur va mal en allant écouter l’intérieur. Et à ce même moment, comme par hasard, s’il en est des hasards, j’ai rencontré un maître de chant russe, ukrainien, qui m’a initié aux chants sacrés du monde.

Je ne savais même pas ce que c’était. J’ai arrêté l’orchestre parce que c’était beaucoup d’années, beaucoup de route, et puis je ne m’y trouvais plus. Je n’arrivais plus à chanter et à prendre du plaisir. Et pour moi chanter, c’est vraiment partager, prendre du plaisir, et essayer de donner du plaisir aux autres. Quand il n’y a plus ça, ça n’a plus de sens. Donc j’ai arrêté ça, et j’ai voulu aller voir quelle était ma véritable voie. Comment je pouvais chanter en n’imitant pas une telle ou une telle, et Boris CHOLEWKA, mon maître de chant de l’époque, m’a proposé cela. Il m’a proposé pendant 1 an de casser tous mes repères, et de découvrir ce qu’étaient les chants dans des traditions autres, plus profondes, et ancestrales. Et on a commencé par les chants de l’Inde, en mantras, et j’ai beaucoup de temps à l’apprendre. Je n’y arrivais pas. Il m’a fallu 3 mois pour apprendre 8 phrases. Ça demandait vraiment de plonger à l’intérieur de soi, une autre façon de chanter, de m’inspirer. J’ai commencé à rentrer dans ces pays avec des langues assez difficiles à prononcer.

MF : Comme le sanskrit, par exemple, qui n’est pas évident du tout.

GC : Comme le sanskrit, l’arabe ancien, le géorgien, l’ukrainien, le russe. Toutes ces langues qu’il faut d’abord goûter au niveau des sonorités, qu’il faut savoir faire résonner à l’intérieur, écouter, voir où ça résonne, ce que ça provoque comme vibrations. Et en ça, ça a rejoint le zen shiatsu que j’étais en train d’apprendre, et qui est aussi une question de résonance, d’écoute intérieure. J’ai été impressionnée par les similitudes que je pouvais rencontrer dans ce travail du chant, et ce travail du corps, du toucher. Et quand je parlais de l’un, je parlais de l’autre. Et lorsque je parlais de l’autre, ça résonnait dans l’un, ça n’avait plus de limite. C’est quelque chose qui m’a réconciliée avec moi-même. Parce que pendant des années, j’ai été tiraillée entre l’envie d’être dans le soin, dans le toucher, et l’envie d’être dans le spectacle, de m’exprimer, de chanter, d’écouter ses résonances. Et cette sensation de devoir choisir ne me convenait pas. Donc je suis partie voyager. Je suis partie voyager, je suis partie loin, pour voir ce que j’avais à l’intérieur de moi.

MF : Ça, c’était avant la rencontre du zen shiatsu ?

GC : C’était à peu près tout au même moment. La rencontre avec le zen shiatsu, la rencontre avec le maître de chant, avec les chants sacrés. Tout ça a mis en route une espèce de questionnement intérieur. Ça n’allait pas, ça ne collait plus en moi. Il fallait que je colle les morceaux, que je trouve des liens.

MF : Que tu assembles le puzzle.

GC : C’est ça. J’avais un peu tout, mais rien n’était construit. Je suis partie en Libye avec les Touaregs, dans le Sahara.

MF : Original ! C’est pas banal, comme voyage.

GC : Oui, dans le désert d’Acacus, très exactement. Et ces chants de Touaregs, lorsqu’ils prennent des cuvettes, et qu’ils tapent dessus, et qu’ils racontent leur journée en chantant, ce sont des chants spontanés. Ce ne sont pas des chants qui s’apprennent.

MF : Ils racontent la journée en chantant ? Ils improvisent, pour extérioriser, célébrer la journée ?

GC : C’est ça, pour expliquer par exemple « Ghislaine aujourd’hui a beaucoup marché, elle a rencontré les montagnes »

MF : C’est curieux.

GC : Et ils chantent « il a fait très chaud, et ce soir nous mangeons, nous lui avons fait un pain ».

MF : C’est un journal intime chanté.

GC : Ça me touchait beaucoup, et c’est un peu comme ça que je vois le chant, comme quelque chose que l’on offre, et ça n’appartient à personne. Parce que le lendemain, mon état d’être sera différent. L’atmosphère, les gens qui viendront écouter seront différents. Donc un chant doit pouvoir garder cette liberté d’être différent, tout en respectant la tradition. C’est ce que les Touaregs m’ont montré. Après je suis partie en Mongolie, au pays des Shamans, et là j’ai vraiment touché du doigt que le sacré, la spiritualité, c’est dans notre quotidien, le matin ils se lèvent, ils font des offrandes au soleil qui s’est levé, ils font des offrandes à la terre qui les porte, ils remercient les chèvres qui leur donnent le lait, et toute la journée, ça se fait avec des chants. Il y a le chant quand ils tuent le mouton, le chant quand le ciel gronde, mais ça fait partie de leur quotidien. J’ai été très touchée par ça, par cette spiritualité qui n’est pas une spiritualité dogmatique, conventionnelle, mais qui est une spiritualité de liberté dans chaque geste du quotidien. Et dans tous ces chants du monde, ce sont essentiellement des chants de tradition orale, donc il n’y a pas de partition, ni de traduction mot à mot. Il y a une traduction de l’état d’esprit. Ça laisse une part d’imaginaire à celui qui le reçoit, et ça laisse une part de liberté totale à la personne qui va l’interpréter.

MF : Je confirme, parce que dans le programme du concert, que j’ai reçu comme une offrande, on a des mots comme ça, un mantra en sanskrit qui s’intitule « Ana maya », et qui aide à se connaître, à se trouver. Ce sont des très belles évocations comme cela.

GC : Oui, alors ce mantra, on va le décomposer. « annamaya », c’est le corps. Ensuite il y a « pranamaya », c’est notre souffle. Ensuite, la troisième phrase, c’est « manomaya », c’est notre esprit. « vijnanamaya » c’est notre compréhension. Et « anandamaya », ça va être la béatitude. Quand on aura traversé tous ces corps-là, ce mantra nous dit « goûtez chaque corps, goûtez chaque résonance, jouissez-en, réjouissez-vous, et partagez-le ».

MF : De quelle façon chanter résonne en toi et a un rôle thérapeutique ?

GC : Complètement, parce que ça va chercher le souffle au plus profond de soi, et on va chercher à connecter ce souffle profond au souffle universel, tout simplement. Forcément, je vais prendre conscience de mes blocages, si j’ai une douleur quelque part, comment je vais pouvoir aller respirer pour faire que cette épaule se guérisse, comment je vais pouvoir lui envoyer des résonances pour que ça circule à nouveau. C’est par ces chants, proposer une circulation, une respiration, afin que toutes les vibrations puissent aller dans le corps, et s’harmonisent avec les vibrations du cosmos. Tout est résonance. C’est une espèce d’accordage, de connexion par la vibration.

MF : Tu nous parlais aussi tout à l’heure, en catimini, des méridiens, sur lesquels tu pouvais détecter les fameuses souffrances du corps, et peut-être de l’esprit aussi ?

GC : Oui, c’est ce lien que j’ai pu faire entre le zen shiatsu et le chant sacré. Ça m’a permis de ne pas avoir à choisir, mais à faire les deux, maintenant je peux faire le zen shiatsu et chanter. En zen shiatsu, on travaille sur les méridiens, qui sont des canaux énergétiques, sur lesquels il y a les points d’acupuncture, les méridiens de souffrance, et ensuite les méridiens plus profonds, qui vont rentrer dans l’organe, et qui vont correspondre à l’aspect émotionnel et psychologique de l’organe. Quand je chante, ces méridiens-là reçoivent une information, et quelques fois, se révèle à moi un méridien qui ne vibre pas.

MF : Tu le sens, quand il ne vibre pas ?

GC : Je le sens, parce qu’il va y avoir une tension, par exemple sur cette épaule-là, je sais que c’est le méridien du triple réchauffeur, c’est donc que je suis pas forcément accordée entre mon haut, mon milieu et mon bas. A chaque fois, ça s’imbrique, pour moi c’est indissociable, les deux activités que je pratique. Maintenant, elles sont vraiment réunies. Ces ressentis et ces connexions ont rassemblé le puzzle et font que je me sens entière.

MF : Comment on fait pour savoir qu’on est, ça y est, centré ? C’est souvent un terme qu’on utilise, quand on trouve sa voie, on parle de « centrage », d’alignement. Comment concrètement ça se manifeste, quand on se réalise, qu’est-ce qu’on ressent, comment on peut être sûr d’être sur la bonne voie ?

GC : Alors, on n’est jamais sûr d’être sur la bonne voie, et il n’y a pas de recette pour se sentir centré. Ça va se manifester chez chacun de façon différente. Moi j’aime bien prendre l’exemple du Tampura, qui est l’instrument que j’utilise dans mes concerts. C’est un instrument qui est à l’origine des chants de l’Inde. Il est construit avec une énorme courge, qui pour les Indiens représente le bassin, le fondement, notre chaudron, notre réserve de souffle, ce qui nous est transmis à la naissance. C’est la grosse courge, qui permet d’être assis dans le sol. Ensuite, il y a un long manche creux dedans, qui représente la colonne vertébrale, avec le souffle qui passe le long de la colonne vertébrale. Et puis il y a les cordes. Ce sont nos pensées, nos mots, nos actes, qui doivent vibrer, résonner tout le long de cette colonne vertébrale, et prendre appui dans cette courge. Et la petite subtilité, c’est que pour régler les harmoniques de tes cordes, il y a un petit fil, que les Indiens appellent « le fil de la vie », qui est normalement un petit fil de soie, mais on a du mal à en trouver donc c’est souvent du fil de coton, et c’est ce petit réglage de fils que l’on met sous le petit chevalet et la corde, qui va créer les harmoniques. Et ces harmoniques-là vont rayonner, se diffuser, et toujours monter, pour essayer de rejoindre la résonance, le son du silence, le souffle de l’univers. Et c’est à partir de ce moment-là, quand on se sent Tampura, on se sent aligné entre le ciel et la terre.

MF : C’est une très belle analogie entre cet instrument… de quelle origine ?

CG : De l’Inde du Nord. Au départ il était utilisé avec le [bakamodj ?], c’est-à-dire un tambour à deux côtés, dans les temples, pour chanter le Dhrupad, qui est la source des chants indiens. Et cet instrument était utilisé pour accompagner ces moines qui chantaient dans les temples pour les dieux hindous. Au départ c’était ça.

MF : D’accord. C’est passionnant. C’est assez fascinant d’imaginer que tu as passé du temps avec les Chamans de Mongolie, quel est l’enseignement que tu pourras nous partager, qui serait utile dans la vie de tous les jours ?

CG : L’enseignement principal que j’ai tiré des Chamans c’est que pour eux, la vie est sacrée, et tout doit être vénéré de la plus simple façon. Il n’y a pas de tralala, alors oui ils ont les costumes, les masques, les rituels, mais toujours pour aller vers la simplicité. Quand j’étais là-bas, un moine était tombé de cheval quelques semaines avant, l’os s’était ressoudé comme il pouvait, mais il avait très mal à son bras, et il ne pouvait pas l’ouvrir. Quand il a su que je pratiquais le zen shiatsu, une chamane est venue me tester, nous étions trois amies qui venions pour les rencontrer et pour apporter un peu de mieux en terme de soins énergétiques. Une chamane est venue, nous a testées, nous a demandé de le soigner. C’est ce que nous avons fait, et elle nous a validées. Elle a dit « ok, c’est bon, vous pouvez y aller », nous ne sommes pas des simples touristes européennes qui viennent en quête de sensations fortes. Et ce monsieur, à l’issue de ça, est venu me montrer son bras. Et il est venu matin et soir, pour que je m’occupe de son bras. A chaque fois, pour me payer, parce que pour eux, rien n’est gratuit, tout a un prix, la première fois, il est allé me faire des semelles en écorce de bouleau. La deuxième fois, il est allé me chercher un morceau de crinière de son cheval sacré, qui était un magnifique cheval de Gengis Khan. Le lendemain, il est allé me pêcher un poisson. Tout ça, ça vient du cœur, et l’enseignement de ces pays, c’était ça. Oui, il y a une monnaie d’échange, parce que la monnaie, que ce soit de l’argent ou un poisson, c’est une énergie qui tourne, qui se transmet, qui circule, qui est en mouvement et qui permet d’autres choses. Mais la première monnaie, c’est avant tout leur cœur, tout est dans le cœur.

MF : Ghislaine, est-ce que tu pourrais nous partager un mantra, qui pourrait nous être utile dans le quotidien, voire même dans la vie pour nous, Français, qui entendons régulièrement aux informations des nouvelles pas toujours enthousiasmantes : comment fait-on pour avoir une énergie positive dans sa vie ?

CG : C’est de se lever le matin, en se disant « il va m’arriver quelque chose de bien aujourd’hui ». Déjà, ça change le point de vue. Au lieu de se dire « oh la la, quelle catastrophe encore », c’est difficile, bien sûr. C’est d’aller vers l’espoir qu’il va y avoir quelque chose de bien dans la journée. Et pour ça, il y a un Sûtra de Patanjali, qui à chaque fois fait sourire parce que c’est tellement évident. Il nous dit ceci : « Evitons les souffrances non encore survenues ». Et quand on garde ça en tête, ça nous enlève de la bouche « je vais être en retard, ou ça va mal se passer ! » Ça peut très bien se passer, et on peut très bien être à l’heure.

MF : « Evitons les souffrances non encore survenues ». C’est un très très beau Sûtra.

CG : C’est dans le recueil de Patanjali.

MF : Est-ce que tu aurais un autre Sûtra à nous partager, par rapport à la joie qu’on peut ressentir en soi ? La joie de l’éveil, du bonheur imperturbable.

CG : Le bonheur imperturbable, ce ne serait pas pour moi un Sûtra, mais un chant mongol, qui souhaite du bonheur à tous, au monde, à la Terre, aux hommes, aux animaux, aux plantes, aux minéraux.

Chant de Ghislaine woman on tour

MF : Beaucoup d’amour. Est-ce que tu accepterais de le fredonner ?

CG : Oui, bien sûr. C’est très monocorde. Il faut savoir qu’en Mongolie, les chants sont rythmés par un instrument qui s’appelle le Tuvshur, qui a deux cordes, et qui rappelle tout le temps le pas du cheval. On nous invite à danser en passant d’une fesse sur l’autre, en imaginant qu’on est sur un cheval, au rythme du cheval. Et ça fait ceci : « SOUMOU TCHOUNOUNG TOURLEE KUJU… SOULARAVAS BEUJEUG TOURZOUN… SURUG MALDEUNG BAJEU MENDI… SURLEE KEUJEU YOULAM EUSSUN OI ».

Découvrez le chant proposé par Ghislaine, chanté par Woman On Tour (faute de pouvoir utiliser la piste son de l’interview)

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MF : C’est très joli. Dis-nous Ghislaine, maintenant que tu as cet univers de spiritualité, est-ce que tu as des rituels dans ta vie ?

CG : Oui. Le matin, j’essaie de me lever au moment où le soleil se lève. J’avoue qu’en été, ça fait un peu tôt. Pour préparer la voix avec ce qu’on appelle le « Karaj », qui est une pratique proposée dans le drhupad, où on va plonger à l’intérieur de soi avec le souffle, et chercher à descendre. C’est pas une recherche de la note la plus grave, c’est vraiment descendre à l’intérieur de soi pour aller s’asseoir dans son premier Chakra. Et essayer de se connecter… c’est quand même notre hérédité, nos ancêtres, c’est le fondement de notre être, ce Chakra-là. Et d’aller essayer de faire résonner, résonner… suivant les jours, ça peut être 10 minutes, ou 1 heure. Ça permet ensuite d’avoir une assise, et on peut s’appuyer sur quelque chose.

MF : Comment tu fais, tu chantes le « Om » ?

CG : Non, je chante avec le A. Parce que la résonance « A » va ouvrir le palais, va faire monter haut le palais, réveiller les fluides qui sont derrière la gorge, et le « A », c’est la résonance du cœur. On descend avec le A, on laisse tomber le souffle.

MF : Est-ce que les rituels continuent ?

CG : Tout dépend de mes journées. Je suis pas quelqu’un d’ascétique, donc j’ai une vie joyeuse, et j’aime bien les belles choses de la vie.

MF : Tu as raison.

CG : Je me promène, je vois des amis, je mange, je fais la fête le soir, aussi ! C’est vraiment un rituel auquel je tiens. Après, mon petit rituel personnel… j’ai la chance d’habituer dans la Drôme, dans les bois, au pied d’un petit village médiéval qui s’appelle « Le Poët-Laval ». J’ai une petite forêt privée, et j’ai installé une yourte. Le matin, je vais dans la forêt, dire bonjour aux arbres, je vois des écureuils, des oiseaux, et je me connecte cette nature, quel que soit le temps. S’il fait beau, tant mieux, s’il pleut, je reçois la pluie. C’est vraiment quelque chose qui m’apporte beaucoup. Après, les autres rituels dans la vie, ce serait au niveau du chant, lorsqu’il y a la pleine lune, par exemple, j’invite les personnes qui le souhaitent, et le soir, on chante une heure, deux heures ou plus… éclairés par ces primeurs de la lune. Il n’y a rien de magique, de sorcellerie. C’est juste : il y a une belle lumière qui fait de belles ombres derrière les arbres. Il y a des chants pour la lune chez les Indiens Sioux, chez les Ikaros…

MF : En yoga, il y a la « Salutation à la Lune », un très joli mantra…

CG : C’est ça. Donc, vénérer ce moment, parce que je suis une femme, et c’est ce qui me connecte, ce qui nous correspond, à nous les femmes.

MF : Dans le monde dans lequel on vit, on peut facilement être abattu, quand on voit l’actualité. Notre énergie peut varier dans les hauts et dans les bas. Comment fait-on quand on est au plus bas, pour retrouver de l’optimisme et de la joie de vivre ?

CG : Souvent, je plonge. Souvent je suis très triste, abattue de ce qui se passe. J’essaie de bien renforcer mon assise. Je pense au cheval qui a ses sabots qui frôlent la Terre. C’est me reconnecter avec ma terre intérieure, parce que plus ça s’agite autour, plus il faut être calme au fond de soi. Et pour trouver ce calme sans sombrer dans la tristesse et la mélancolie, il faut aller chercher cette lumière que l’on a tous, tant que nous sommes vivants. Si nous sommes vivants, c’est qu’il y a une petite veilleuse, à l’intérieur. Elle est plus ou moins haute, courte, mais tant que l’on vit, elle existe. Et en cherchant à se sentir bien sur cette Terre, on entrevoit cette petite flamme. Et là, on trouve le moyen, soit de lui souffler dessus tout doucement pour activer cette flamme, soit de lui chanter une chanson, soit de lui sourire. En tout cas, de prendre soin de cette petite flamme. Et on ressent comme quelque chose qui devient plus rayonnant, et on va pouvoir sourire malgré les événements, malgré toutes les horreurs que l’on traverse.

MF : Sourire de façon inconditionnelle.

CG : Voilà. Le cœur va se mettre à battre avec un peu plus de souplesse, au lieu de se sentir comprimé. Ça crée une peur, et elle empêche d’aller vers l’autre, de se reposer. Et en entretenant cette flamme, l’autre va être plus accessible, on va pouvoir échanger un regard, un sourire, et ce sera déjà ça.

ghislaine checchini lybie

MF : Tu parles énormément de connexion, est-ce que tu pourrais expliquer, avec beaucoup de simplicité ? Parce que quand on n’est pas encore dans la spiritualité, c’est une notion qui est très abstraite.

CG : Je me réfère très souvent au taoïsme, c’est très simple. Il y a trois choses : le ciel, avec tout l’inconnu que ça comporte, la terre, qui nous soutient, et l’homme qui est au milieu. Comme un arbre. On a nos racines sur terre, nos ancêtres, nos origines, où nous sommes nés. Et nous sommes tout le temps, la tête dans le ciel, avec les branches. Ça, c’est une connexion toute simple au Tao : le ciel, la terre, et l’homme.

MF : L’image est belle.

CG : Pour arriver à toucher cette connexion, il suffit de se poser, d’imaginer qu’on va puiser notre force dans la terre, avec nos racines, on va faire remonter notre sègue, qui va remonter dans notre tronc, et qui va nous rendre solide, qui on nourrit bien notre corps. Et avec nos feuillages, nos branches, nos fleurs, c’est l’abondance. Donc là, on offre ce que l’on est et on nourrit l’autre.

MF : C’est marrant, tu parlais abondance, et moi je regardais un peu partout dans le ciel ! Parce que toi aussi, tu avais les yeux perdus… l’abondance, on l’attend de là-haut.

CG : Oui, mais grâce à ce que l’on reçoit, et nous sommes au centre.

MF : J’ai une question un peu difficile, néanmoins qui nous intéresse. Comment fait-on quand, dans sa vie, on ressent un mal être, comme une boule au fond de soi dans le ventre, qui fait qu’on se sent pas toujours bien, des fois elle est douloureusement présente. Comment fait-on selon toi pour gérer cette émotion-là ?

CG : Je vais utiliser la phrase de mon maître de chant, Boris CHOLEWKA, qui disait « Chante, mais pas simplement quand tu as envie de chanter, c’est trop facile. » Donc quand tu te sens mal, c’est là que ça devient intéressant. Parce qu’on n’y arrive pas, le souffle manque, on a mal au ventre, on a des pensées sombres, et chanter, c’est avant tout aller chercher son souffle au fond, et le faire ressortir. Et par ce mouvement-là, d’aller du fond vers l’extérieur, on va forcément trouver de bonnes émotions. Soit les larmes vont venir, mais on en sera libéré, soit le sourire va venir, parce que rien que ce mouvement va créer le sourire. Donc j’expérimente ça, quand je me sens bien mal. D’abord je me force, je choisis un chant que j’aime beaucoup, ça va me porter, et immanquablement arrive un autre chant, que je n’ai pas choisi, qui s’insinue.

MF : Par association d’idées.

CG : Même sans association. Je ne suis pas bien, je vais chanter en me forçant, mais c’était pas le bon chant. Et dans ma tête, pendant que je chante un chant, en arrive un autre. Je lâche le premier, et je chante celui qui arrive. Curieusement, c’est celui qui est libérateur. Ça n’est pas toujours le même. Il faut être à l’écoute de ce qui vient. Et j’essaie, lorsque je vais mal, de ne pas lutter contre. Je vais mal. J’accepte. Oui, j’avais des multitudes de choses à faire aujourd’hui, eh bien je ne suis pas en état de les faire. Alors, bien évidemment, quand on a un boulot très cloisonné, avec des horaires, on n’a pas cette capacité-là. Moi j’ai cette possibilité-là, donc merci. Mais le jour où je sens que je ne vais pas bien, que j’ai besoin de dormir ou de lire, ou de rien faire, je vais dehors, je me mets sur un banc, je regarde les arbres et je leur dis : aujourd’hui je fais rien, je pleure. Une fois que ça, c’est fait, j’ai pleuré, pour me réjouir, je vais chanter. « Mais j’ai pas envie », « ça fait rien, force-toi un peu ». Et je chante, et petit à petit… il arrive forcément, à ce moment-là, quand on se donne les moyens, une bonne nouvelle, quelqu’un qui passe par-là, « je viens te voir, comment vas-tu ». Il y a toujours un petit quelque chose après qui se passe, et qui amène un sourire.

MF : Alors je suis très curieuse personnellement, je sais pas vous, de connaître un chant, que je pourrais utiliser dans ces moments de difficulté, où on a besoin de remonter l’énergie. Est-ce que tu pourrais nous en proposer un, et je noterai dans le descriptif de cette vidéo, en-dessous, le texte.

CG : Oui. Alors il y a un mantra pour Tara, la Tara verte, qui est la guerrière. Elle a son épée, son bouclier, et elle part en guerre contre des pensées inquiétantes. Ce sont nos soucis, nos mal être, nos tortures, etc. Il est très simple, parce qu’il peut être monocorde, et ça fait : « OM TARÉ, TUTTARÉ, TU-U-RÉ, SO HA (répéter)… » C’est juste une phrase, ça va créer un rythme.

Piste audio du chant Om Taré, chanté par Woman On Tour (faute de pouvoir utiliser la piste son de l’interview)

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MF : Il est beau !

CG : Et là on peut partir avec ses armes, on marche, et dès qu’on sent quelque chose qui nous ennuie, c’est guerrier, on le frappe. Et ça part !

MF : Je suis témoin !

CG : C’est très simple. « OM TARÉ», « Taré», c’est le deuxième nom de Tara. « TUTTARÉ», prends, prends les pensées inquiétantes, « SOHA », c’est « t’accomplis».

MF: Très bien. Pour terminer, aurais-tu un message, une philosophie, un dicton, une leçon de sagesse ? Quelque chose de personnel, que tu voudrais nous transmettre ?

CG : Ce qui est important pour moi, dans la vie, c’est de ne pas perdre le but qu’on s’est fixé, le sens de notre vie. Il y a plusieurs façons d’y aller, on peut y aller d’une façon très directe, en étant toujours concentré sur ce but, mais d’un point de vue, c’est dommage, parce qu’on ne voit pas ce qui se passe à côté. On peut y aller d’une manière très désordonnée, en se laissant happer par tout ce qui se passe, et puis au final ne jamais y arriver. Donc ma philosophie de vie, ce serait ne pas perdre le sens qu’on donne à sa vie, en profitant de tous les à-côtés, et en se nourrissant de tous les à-côtés, pour nous donner le courage et la force de continuer à y aller, même lorsqu’on est fatigué.

MF : Formidable. Merci infiniment, Ghislaine, d’avoir pris de ton temps pour nous partager ton histoire, ta philosophie. Merci à vous surtout, d’avoir été là pour cette interview. J’espère que vous avez passé un aussi bon moment que nous. On se retrouve sur tous les réseaux sociaux. N’hésitez pas à vous abonner à la chaîne YouTube, Woman on Tour, pour plus d’interviews inspirantes, et également on se retrouve à la maison, womanontour.com. Je vous dis à très bientôt, bye bye !

CG : Merci beaucoup !

MF : Au revoir Ghislaine.

CG : Au revoir Marie-France !

Par |2019-10-18T09:33:15+01:0014 octobre 2019|Bien-être, Connaissance de soi, Interview|0 commentaire

A propos de moi :

Marie-France Marchand alias Woman on tour est devenue Experte dans l’art de mettre en œuvre le changement. Hypersensible et atypique, elle est passée d’une crise existentielle à une émancipation authentique via un processus de transformation intérieure, incluant expériences initiatiques et tour du monde. Maître praticienne en Hypnose Ericksonienne, Pranathérapeute, formée auprès de coachs Canadien&Américain, Bouddhiste et en évolution perpétuelle, elle accompagne ses clients dans un voyage intérieur où émotions et spiritualité sont ses valeurs essentielles.

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