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La psychologie d’un homme qui a visité TOUS LES PAYS du MONDE. Interview André Brugiroux.

André Brugiroux : un homme qui a visité tous les pays et territoires du monde.

Découvrez l’interview en vidéo ci-dessous, ou poursuivez votre lecture ci-après.

« WOMAN ON TOUR :

Bonjour à vous et bienvenue, on n’attendait plus que vous pour commencer cette interview. 😉

Comment fait-on dans la vie pour trouver sa place dans ce monde ?

Comment fait-on ensuite pour dépasser son manque de confiance en soi, dépasser ses peurs, et également le regard des autres, comme par exemple le regard de ses proches, pour réaliser ses rêves ?

Alors je suis allée pour vous à la rencontre d’aventuriers et de voyageurs au long cours qui ont su dépasser toutes ces difficultés, en tout cas les surmonter, pour trouver leur mission de vie, et aller à la rencontre des hommes.

Aujourd’hui j’ai le grand plaisir d’être reçu au domicile d’un homme connu comme « le loup blanc » dans le monde du voyage. Tenez-vous bien, cet homme, il a visité TOUS les pays et les territoires du monde. Il est parti à l’âge de 17 ans sur les routes du monde, et il est revenu que 18 années plus tard ; et il a vécu des aventures extraordinaires, des plus difficiles aux plus formidables, aux plus dangereuses.

Alors c’est auprès de lui aujourd’hui, que je suis allée lui poser ces questions pour obtenir un éclairage. Je vous présente André BRUGIROUX. Bonjour André !

ANDRE BRUGIROUX : Bonjour.

MF : Comment ça va ?

André BRUGIROUX : Ben ça va, très bien.

MF : Merci beaucoup à toi de nous recevoir ici chez toi, pour aborder toutes ces questions.

André BRUGIROUX : Pour être concis et précis, mon premier voyage a duré 18 ans sans rentrer à la maison, ce que j’avais pas prévu.

MF : C’était pas prévu.

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André BRUGIROUX : On prévoit pas 18 ans à l’avance. Mais ça c’est que LE premier voyage. Parce qu’après, y a eu 30 ans ininterrompus, j’étais en France. Parce qu’il me manquait des pays, alors j’étais furieux, et donc après pendant 30 ans, je faisais des allers-retours incessants pour finaliser mon rêve de visiter tous les pays et tous les territoires du monde. Donc en tout ça m’a pris 50 ans, mais pour résumer le tout j’ai pris une « vie sabbatique ».

MF : Une vie sabbatique. Alors justement, vous introduisez ma prochaine question, qui est : « Quand on ne voyage pas, qu’on ne peut pas ou qu’on ne veut pas, comment fait-on pour vivre cette vie sabbatique au quotidien, amener les vertus du voyage chez soi ? »

André BRUGIROUX :

Ben moi je pense que chacun a son rôle.

C’est comme dans le corps humain, il faut des trucs qui soient rigides comme l’os, et le sang qui coule, il faut les deux, sinon ça peut pas fonctionner.

Moi je pense pas que voyager soit important en soi. Ça a ses vertus, mais l’important c’est d’être en accord avec en soi-même, et réaliser ce pourquoi on a été créé. Bien sûr, ça se fait pas facilement, ça.

Moi à 17 ans, quand je suis parti, puis en 55, je veux pas en parler parce que… on me prend pour l’homme de Cro-Magnon aujourd’hui… y avait pas tous les avantages d’aujourd’hui, on parlait même pas de tour du monde, puisqu’on reconstruisait le pays de la guerre. Mais quand je suis parti à 17 ans, pour dire, j’avais 10 francs en poche, aucun renseignement, y avait pas Schengen, y avait pas l’Europe et tout ça.

Mes parents ne m’ont même pas conduit jusqu’à la gare. Les deux kilomètres qui m’en séparaient, ils m’ont laissé partir tout seul. Mais j’étais tétanisé, tétanisé. Quand enfin je monte dans le train pour l’Angleterre, mais les mâchoires pouvaient même plus fonctionner, tellement j’avais peur. Mais moi j’ai une devise dans la vie, je l’ai appris à l’école – c’est peut-être la seule bonne chose qu’ils m’ont dite, c’est celle de Bayard : « Tu trembles, carcasse, mais si tu savais où je te mène, tu tremblerais encore plus ! ».

Donc moi je suis pas une tête brûlée, ni un baroudeur, ni rien du tout, mais quand j’ai une chose en tête, je la fais, en fait, contre vents et marées. Si je pense que c’est ça que je veux faire, je le fais. Oui, j’avais très peur. Par exemple, dans la première partie, j’avais parcouru, les 18 ans là, alors, j’en parle au retour, mais j’avais rien prévu.

D’ailleurs j’ai rien prévu dans la vie, tout s’est enchaîné malgré moi, j’ai obéi à… alors j’aime pas les grands mots mais y a ça, une espèce de destin qui m’a tiré vers l’avant. J’ai obéi. Et les premières 18 années, au début, j’ai pas pensé que je pouvais faire le tour du monde, j’avais pas d’argent, pas de renseignements, y avait pas de Guide du Routard, y avait pas tout ça, y avait pas la télé… et donc j’ai dit à mon père, je lui ai pas dit « je vais faire le tour du monde », je lui ai dit « je vais apprendre l’anglais ».

J’avais fait par mégarde l’école hôtelière avant de partir, et j’ai pensé que l’anglais pourrait me servir. Mon père a dit « ouais, ouais, bon ». Et je suis parti et j’ai passé, parce qu’il y a un problème dans le monde, y a un problème de COMMUNICATION. Ça c’est une chose à régler. Et tant qu’on n’aura pas une langue en commun, on n’aura pas la paix non plus.

MF : Ils ont essayé avec l’esperanto !

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André BRUGIROUX :

Oui, et bah voilà, c’est ça la solution.

Sans ça, c’est la foire d’empoigne.

Seulement, il faudra un peu de bonne volonté politique pour y arriver. Et d’ailleurs, le jour où l’humanité adoptera la langue commune, ce qui ne veut pas dire éliminer les autres, mais en avoir une en commun, pas seulement une langue, mais aussi un alphabet. Parce que le chinois, je trouve ça joli, mais ça m’a l’air du Picasso, moi.

J’ai passé les 7 premières années ma vie, ça s’est enchaîné comme ça, à apprendre des langues. Je me parachutais. J’ai été apprendre l’anglais, l’espagnol, l’allemand, l’italien en me parachutant dans les pays.

Je partais avec des sandwichs en poche pour tenir 4 jours, Papa il avait pas un rond, pas de téléphone. C’était marche ou crève, que je voulais faire. Et, j’y allais en tremblant, je veux dire. Alors évidemment, petit à petit… quand je suis arrivé en Ecosse, je pouvais… j’avais peur.

Et puis je me suis aperçu que je pouvais apprendre l’anglais. Et je me suis dit, « pourquoi pas l’espagnol ? », et là j’y étais au temps de Franco, mais là j’avais 19 ans, mais je tremblais encore. J’arrive en Espagne, je trouve un boulot le premier soir où je débarque ! Et là j’ai compris que la chance sourit aux audacieux, c’est là que je l’ai compris, la chance sourit aux audacieux.

Après j’ai été apprendre l’allemand, j’étais sans boulot, pareil, je savais cinq mots d’allemand, mais pas de l’école. « Raus, Schnell, Papiere, kommandantur, Gestapo », c’était pas à l’école qu’on apprenait ça. Et puis, ils me servaient plus, la guerre était finie, d’ailleurs. Et après, en Italie.

Moi j’avais développé la théorie de la quille et de la boule : c’est ce qui roule et qui bouge qui va culbuter ce qui est fixe. Quand on lance une boule pour renverser les quilles, la quille est là… et la boule va taper. Donc moi, par le mouvement…

Après, je voulais apprendre le russe, par exemple. Alors, la grande URSS, pas de visa, au paradis des travailleurs, ils en voulaient pas un de plus, merci beaucoup. Je suis furieux qu’ils m’aient empêché d’apprendre leur langue en travaillant chez eux. J’atterris au Canada. Par exemple au Canada, pour dire, j’avais un copain de l’école hôtelière qui était marié avec une fille du Canada.

Un jour il m’avait écrit une lettre, j’avais l’adresse de son beau-père. Mais j’ai pas écrit au beau-père, parce que si je lui écris une lettre je dis « je viens au Canada je voudrais travailler et refaire un peu d’Anglais », et qu’il me dise non, je fais quoi ? Non, j’y ai été comme ça, sans rien dire. J’ai été me parachuter chez lui. Et donc c’est la boule qui renverse la quille. Il m’a aidé, et c’est comme ça que j’ai eu… et au Canada, c’est là que j’ai compris que je pouvais économiser, parce que je ne le savais pas. On paie plus en Amérique du Nord qu’en Europe, et disons… c’est ça qui est intéressant, la différence entre le coût de la vie et les salaires est plus large, donc on peut économiser plus vite. Et là j’ai compris qu’enfin je pouvais réaliser mon rêve, qui était derrière la tête, de voir le monde.

Et avec 3 ans d’économies à Toronto – et j’ai travaillé sans papiers, merci ! j’ai travaillé une place de traducteur, en plus – j’ai tenu 6 ans sans travailler. Et là, pendant 6 ans, j’ai réalisé mon rêve, et j’ai parcouru 400 000 kilomètres en stop. C’est la distance de la Terre à la Lune, l’air de rien. Tout en stop !

Et le problème du stop à travers le monde, c’est que les deux tiers de la Terre, c’est pas de la terre, c’est de l’eau. Y en a ils marchent sur l’eau, mais pas moi, hein. Alors j’ai dû faire du bateau-stop, et du voilier-stop. A l’époque, dans les années 60 donc – incidemment, les grandes années de la route, faut se rappeler les beatniks, les hippies, mai 68, et tout ça – moi j’étais mêlé à ça. Je suis parti avant, puis j’ai continué après, mais mes années de route, mes 6 ans de stop, c’était en plein dedans. Par exemple, je dépensais 1 dollar par jour à l’époque. Et le dollars s’explique parce que, j’ai jamais payé de transport – donc, tout en stop, moi si on me prenait pas, je partais pas, point-.

MF : Oui parce que, il faut rappeler vos règles d’or, qui sont venues au fur et à mesure…

André BRUGIROUX : … qui se sont enchaînées, oui.

MF : Vos règles d’or, c’était : 1. Toujours en stop

André BRUGIROUX : Oui, pas d’hôtel, et éviter le taxi.

MF : Et manger local.

André BRUGIROUX : Oui c’est ça. Donc j’ai pas payé le transport. J’ai jamais été à l’hôtel. Peut-être que l’école hôtelière ça vaccine, j’en sais rien. En tout cas, c’est facile à dire, mais quand il fait -45°C en Alaska, là il faut accrocher parce qu’on joue sa vie au poker. Donc le dollar, il était pour manger, et là j’évitais les restaurants parce que c’est normal, on paie le service. Moi je mangeais dans les marchés, les carrioles de bord de route et tout ça.

Il faut aussi dire pour être honnête, que la plupart des gens dans le monde ne peuvent pas voyager, que ces histoires de voyages autour du monde, c’est des privilèges de pays industrialisés. Ça veut pas dire que les autres veulent pas connaitre, les étrangers.

Donc leur façon de connaître, c’est de pouvoir aborder quelqu’un qui a le temps comme moi, qui passe dans leur quartier soi-disant dangereux. Donc, moi je pense que le voyageur doit être indépendant. J’ai jamais frappé aux portes ni pour dormir ni pour manger, mais dans le jeu du voyage, les gens… « Tu viens d’où ? » « Je viens de Paris. » « Oh viens mon frère me raconter ça ». Donc y a un échange normal et sain, et d’ailleurs dans un de mes livres, je dis que si on n’a pas vu la cuisine d’une maison dans un pays, on a raté le pays parce que c’est la pièce au fond.

MF : Alors, ce libre, j’aimerais le citer, vous venez de publier récemment, aux éditions City, le livre « Le monde est mon pays », que je vous recommande, on y lit toute votre histoire.

André BRUGIROUX : C’est ça, le journaliste qui l’a écrit, c’est pas moi, il a essayé de me décortiquer et de faire comprendre comment j’ai pu tenir toute une vie sur la route, dans des conditions qui paraissent très dures. Moi y a trois mots qui sont interdits chez moi quand je voyage, c’est les mots essentiels pour les touristes et les voyageurs, c’est « hôtel, restaurant, et taxi ». J’avais même pas prévu la santé !

MF : Vous n’aviez pas d’assurance santé.

André BRUGIROUX : Mais rien ! Y avait pas Europe Assistance, y avait rien ! Faut se replonger, c’était juste après Vercingétorix, quand je suis parti ! Prenons un exemple, quand j’avais mal aux dents, j’allais voir les dentistes. Il faut être dans l’état d’esprit de la chose, je le ferais pas aujourd’hui. Mais je leur expliquais « voilà, je fais le tour du monde, un dollar par jour, en stop, je vais pas à l’hôtel, et puis j’ai mal aux dents. J’ai pas prévu, dans mon dollar, y a pas la santé qui est prévue ! Je disais : est-ce que vous pouvez me soigner gratuitement ? ». Alors, y avait deux cas de figures : y a le gars qui disait « t’as pas de ronds, dégage ». C’est légitime, c’est son boulot, j’ai rien à dire. Mais sur le paquet, y avait TOUJOURS un dentiste qui disait « rho la la, mais moi je voulais faire ça, j’ai pas pu. Assis-toi ». Et là je réussissais à me faire soigner une dent à l’œil ! Une dent à l’œil, faut le faire.

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MF : Alors, j’ai une question pour toi André. Dans ton livre, justement tu dis « Après mon retour, mon père n’a jamais prêté l’oreille à aucune histoire de mon voyage. Il ne m’a posé aucune question, disant même « Tu te crois malin, à voyager comme ça, tu ferais mieux de te marier et avoir des enfants ». »

André BRUGIROUX : Oui, c’est ça.

MF : Et ça, ça m’a énormément touchée, parce que… et d’autres voyageurs, et même, quand on n’est pas voyageur, on est toujours affecté par le regard de ses parents sur ce qu’on fait. Alors j’avais envie de te poser la question…

André BRUGIROUX : Ah mais !

MF : Comment tu as fait pour braver le regard de tes parents ?

André BRUGIROUX : Non mais, là j’étais formé, habitué. Il a posé la bêche dans le jardin, il arrive à la grille. 18 ans qu’il voyait pas le fiston ! « Ah, te voilà. » je le revois encore. « Tu te crois malin de faire le tour du monde. Tu ferais mieux de travailler, de te marier, comme tes frères ! » Bonjour l’accueil ! Alors, mon père, j’ai dit dans un de mes livres, que son horizon s’arrêtait au bout du jardin. Chacun son horizon. Malheureusement, c’était pas mes aspirations à moi. En fait, moi ce que j’ai fait, c’est réaliser le rêve de maman… de ma mère. Mais j’étais habitué parce que, très jeune, moi j’étais l’aîné de trois frères. Quand j’ai dit à mon père, à l’âge de 10 ans, « je veux apprendre à nager, Papa ! ». « Tu te crois malin ? tu vas te noyer. » Ça a commencé comme ça.

MF : C’était sa phrase, en fait !

André BRUGIROUX : Oui, alors bon, moi j’ai rien dit, j’ai été me coller dans la rivière qui est pas loin de chez nous, j’ai essayé de traverser, après j’ai été à la piscine, tout seul, pour apprendre ! Après j’ai dit, à 14 ans, « je veux faire du judo ». « Tu te crois malin, tu vas te casser une patte ». C’était un auvergnat, il parlait comme les gens de la ferme. « Une patte ». Après j’ai dit « je veux faire du ski », non, les pattes c’était le ski, j’ai dit « je veux aller faire du ski », j’avais 14 ans, il m’a dit « Tu te crois malin, tu vas te casser une patte ». enfin c’était toujours comme ça. Jamais il m’a encouragé.

MF : Ah oui.

André BRUGIROUX : Moi j’étais le premier à l’école. Bon, pas que je suis plus malin que les autres, mais je bossais peut-être un peu plus, c’est tout. Mais, il m’a jamais dit « c’est bien » ! Parce que, j’aurais pu me faire écraser, par un bonhomme pareil. Suivant la personnalité de l’enfant, j’aurais pu être l’enfant qui soit timoré, alors que moi non, je suis comme le canard, ça ruisselle, la flotte.

MF : Alors, du coup, quels conseils donnerais-tu à d’autres personnes qui ont peut-être un peu moins ce tempérament rebelle, vis-à-vis de l’éducation qu’on reçoit ?

André BRUGIROUX : Oui, y a un côté rebelle y a un côté… je sais pas…

MF : Audacieux. Curieux, on a envie de se dire « tiens, l’interdit, si je le bravais, qu’est-ce qui se passerait ? »

André BRUGIROUX : Je cherche pas à braver des interdits, mais je cherche à être en accord avec moi-même. Et des fois, ça correspond pas à ce qu’on nous raconte. Même au niveau spirituel et tout ça, moi je me posais des questions, et je cherchais des réponses dans mes voyages.

Moi j’ai été construit comme ça. Il y a un truc qui m’amuse, par exemple. J’écoute les émissions de radio, la nuit, alors ça chiale, les petites histoires d’amour, « j’ai perdu mon gars, il m’a fait ça », tout ça. J’ai pas besoin de demander à personne, moi. Moi j’arrive à me trouver ma solution, je regrette ! Je m’auto-psychanalyse, j’en sais rien, mais je suis construit comme ça, j’ai pas de mérite, c’est une chance que j’ai eue.

D’ailleurs, y avait le comique, Fernand Raynaud, enfin, on le connaît plus aujourd’hui, Fernand Raynaud. Le gars avant Coluche, pour situer. Il avait une phrase qui est amusante, il dit : « Pour faire ça, faut être étudié pour ! ». C’était sa phrase, qui s’applique à moi, pour faire tout ce que j’ai fait, voir le monde entier, sans aller à l’hôtel.

Parce que la deuxième partie, les 30 ans, toujours pas d’hôtel ! Toujours dans le même style. Sauf que, comme je partais de France, je payais les charters, quand même. J’essayais de trouver le moins cher. Mais il faut être étudié pour. On a chacun son rôle, et les rôles sont différents, c’est ça qui est intéressant.

MF : Enfin, ceci dit, tu dis que tu étais calibré pour, après j’ai envie de te citer, parce que c’est vraiment très drôle. On pourrait penser que le voyage, tout comme le succès, la réussite. On dit souvent « c’est pour les autres », on pense pas que ça peut nous arriver. Et toi, dans ton livre, tu dis quelque chose qui m’a beaucoup amusée, tu dis : « Je ne suis pas un aventurier, un téméraire, le coup de sifflet d’un chef de gare sur un quai me fait sursauter ».

André BRUGIROUX : Oui oui.

MF : Et tu as fait 400 000 kilomètres en stop, et tu as vécu des histoires… dans ton livre… absolument incroyables. Alors qu’est-ce que ça prend justement, de se dépasser, quand on dit qu’on n’est pas un aventurier ?

André BRUGIROUX : De Gaulle, il disait… c’est une drôle de phrase, mais il disait « faut exorciser le mal ». C’est-à-dire faut exorciser ce qu’on a en soi. Alors moi j’avais ce potentiel-là. Pour dire aujourd’hui, quand je vais dans des salons de livres. Les gens regardent mes livres, y en a un qui est vieux, qui a quarante ans. « Tiens je l’ai lu celui-là, mais il est pas nouveau ! » « Et moi, j’ai l’air nouveau, par hasard ? ».

MF : [rire]

André BRUGIROUX : Mais ce que je veux dire, c’est que… ils regardent mes livres, puis ils disent « M’sieur, il est là le gars ? ». Jamais ils pensent que c’est moi qui ai fait ça. J’ai pas une tête de baroudeur, j’ai une tête de libraire. Quand on me voit, je donne pas l’impression du gros dur, du baroudeur et tout ça. Par exemple, quand je suis parti du Canada avec mes 3 ans d’économies, j’ai pas pensé que j’allais faire 400 000 bornes en stop ! On m’aurait dit ça, je serais pas parti ! Mais, comment ça s’est enchaîné, ce truc. A 30 ans, j’avais encore peur de partir tout seul dans le monde, parce que j’avais quand même 12 ans à l’extérieur.

MF : Vous êtes parti à 17 ans, et à 30, vous aviez encore peur ?

André BRUGIROUX : J’avais la trouille, le monde entier à moi tout seul, je pourrais pas. Alors je cherchais désespérément des gars pour partir avec moi. C’est pour ça que celui qui me dit, qu’il part voyager tout seul, sans peur, j’ai du mal à le croire.

Souvent on part avec quelqu’un, on sait pas, et on s’aperçoit que tout seul, on fait plus, ça marche mieux. Mais en tout cas… alors je cherchais désespérément des gens, ça a pas marché. Et à la fin je suis tombé sur deux Canadiens anglais, qui partaient avec un taxi londonien. C’est comme ça que je suis parti avec eux. On s’est pas entendus, on s’est séparés après, mais quand je suis arrivé à Panama… y a la ville de Panama, et le pays s’appelle pareil, « Panama ». Et on était à la frontière, donc à 80 kilomètres de la capitale, Panama. Y a un gros dur qui arrive, un baroudeur comme je les imagine. Chemise à carreaux, la barbe, chapeau sur la tête, les gros biscoteaux que j’ai pas. Et il dit : « les gars vous allez où ? » C’était un Américain. « On va à Panama, la ville. » « Vous pouvez m’emmener en stop ? ». Bah écoute, on a notre taxi là, mais on a mis une planche à l’arrière, si tu veux t’allonger sur la planche ; devant y a pas de place, on a que deux sièges, moi je suis assis sur le moteur. Mais si tu veux t’allonger derrière, on t’emmène. « Bon d’accord ». Puis avant de partir, je lui ai dit « mais tu viens d’où, comme ça toi ? » « Moi je viens du Texas ». « Ah bon, mais comment t’es venu ? » « Ben en stop ». « Quoi ? t’es venu en stop depuis le Texas, à travers toute l’Amérique centrale… en stop ? »

MF : C’est improbable.

André BRUGIROUX : Je lui ai dit « c’est pas possible, mais où tu dors ? » et il me fait « bah n’importe où ». Mais le gars je le voyais gros comme une tour Eiffel. Je lui ai dit « jamais je pourrai faire des trucs comme ça ». Alors si on m’avait dit que j’allais en faire cent fois plus, sinon mille fois plus… c’est pour dire que j’avais pas prévu. Mais les choses se sont enchaînées malgré moi. J’étais étudié pour, ça c’est sûr. Mais j’ai jamais pensé que tout ça… je me suis séparé des Canadiens, on s’entendait pas, et après… moi j’ai voyagé seul, en fait c’est pas par goûte de solitude, c’est pour être seul, pour être disponible pour rentrer les gens. C’est ce qui m’intéressait.

MF : Ça change tout, en fait.

André BRUGIROUX : C’est ce qui m’intéressait, c’est pas le kilométrage, qui est là aussi. C’est pas l’aventure, ça m’amuse pas de me retrouver avec des mitraillettes dans les côtes, et les choses comme ça. Ce qui m’intéressait, c’est le cœur de l’homme. Et j’ai voulu comprendre les points communs, les différences, les cultures, et rencontrer mon frère, les êtres humains.

MF : C’est ce que tu me disais tout à l’heure, quand on discutait de façon informelle, tu me disais « j’ai pas fait un tour du monde, j’ai fait un tour des hommes ».

André BRUGIROUX: C’est ça, exactement, c’est le tour des hommes. Moi ce qui me fait vibrer, c’est deux choses : d’abord découvrir quelque chose de nouveau que j’ai jamais vu, encore aujourd’hui, moi je plane, même aujourd’hui. La beauté me fait vibrer, la beauté c’est la beauté, et puis rencontrer les gens, parce qu’il y a des gens qui ont du cœur, et qui nous soulèvent, qui nous font quitter la Terre. C’est ça la qualité de la vie, c’est de rencontrer des gens. Y a des gens merveilleux partout. J’ai une anecdote qui m’a tellement marqué, je sais pas si je peux la dire…

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MF : Oui justement, j’allais te demander si tu as fait une belle rencontre, enfin plein de belles rencontres, mais est-ce que tu veux nous en partager une ?

André BRUGIROUX : Y en a une ou deux qui me sont restées dans la tête. C’était à l’époque du stop. Une fois j’étais avec mon dollar par jour, pour survivre, il fallait une tête de financier. Le dollar, c’était pour manger, et puis payer les visas, rien d’autre, pas de santé, enfin manger. Donc je mangeais en Thaïlande dans un espèce de boui-boui, la terre battue, les feuilles de bananier qui servaient de toile et tout ça, bon. Y avait du monde. Et moi je mangeais à l’époque en Thaïlande le riz cantonais. Ça remplit l’estomac, y a des petits bouts d’omelette, des petits pois, et c’est pas cher, c’est dans mon dollar. J’étais tout seul à ma table, y avait du monde, je mange mon riz cantonais, je vais à la caisse payer. Je dis au monsieur « voilà, j’ai mangé un riz cantonais, je voudrais vous payer ». Le monsieur me dit « non monsieur » « Pourquoi ? » « C’est déjà payé ». « Ah bon, c’est déjà payé, mais par qui ? j’ai mangé tout seul ». Il me dit « je vous assure, il y a un monsieur qui a payé pour vous ». Je dis « il est où, il faut au moins que j’aille le remercier ». Il me dit « non, il est déjà parti ». La leçon que je me suis ramassé. C’était un pays du tiers-monde. Les leçons qu’on se ramasse. Je me vois dans un restaurant en France, « bon je peux payer ? » « non c’est déjà payé » « où il est ? » « bah il est déjà parti ». On rêve, là.

MF : Il cherchait pas de gratitude, de remerciement.

André BRUGIROUX: Et en plus, ça va plus loin. Parce que le caissier, qui faisait pas fortune. Un boui-boui pareil. Il aurait pu encaisser sans rien dire.

MF : Oui, exact.

André BRUGIROUX : L’honnêteté du bonhomme ! Ça, ça a été une leçon pour moi, ça a jamais quitté ma tête. J’ai aussi par exemple une autre histoire, dans ce genre, de l’humain, en fait. Quand je suis arrivé à Bali, à l’époque, le Bali de l’époque. Parce que j’y ai été y a 2 ans, merci l’enfer. M’enfin bon. J’avais la fièvre. Je m’attrapais des fièvres des fois, des trucs. J’étais à Denpasar, la capitale, le long d’une rue principale, j’étais tellement mal avec la fièvre, quand on a la fièvre… parce que pour faire tout ce que j’ai fait, y a qu’une condition, c’est d’avoir la santé. Parce que sinon le moral chute.

Donc là j’étais mal, et j’étais allongé dans la poussière au bord de la route. Et comme je vais jamais à l’hôtel, j’ai dit « bah je vais dormir là, tant pis ». Et il passait les vaches sacrées, c’est hindou là-bas, les vaches sacrées qui zigzaguaient, y avait les betchaks, les tricycles-là, et les petites motos, les gens dans tous les coins, puis ils me passaient autour, là. Et j’étais mal, j’avais mal à la tête, la fièvre… quand on est seul, là, il faut s’accrocher.

Tout à coup j’entends un… comme un ange qui me parle. « What is problem ? » Puis il faisait noir, je me rappelle, puis j’ai dit « je suis malade et je sais pas où dormir ». Alors elle me dit « viens à la maison ». Alors, ça a l’air de rien, mais à l’époque, en Indonésie, Soekarno était au pouvoir, il avait interdit aux citoyens de recevoir des étrangers. Donc elle bravait un interdit, là.

Et je suis arrivé dans cette maison, c’était une maison de pauvres, des bambous qui étaient peints à la chaux, feuilles de bananier, terre battue, y avait des caisses de savon, elle a retiré ses enfants des caisses de savon, elle m’a mis là à la place, pour que je me repose. Et la nuit, à 4 heures de la nuit, j’avais cette fièvre, la gorge en feu, c’est-à-dire… elle s’est levée à ce moment-là. Si elle m’avait dit « qu’est-ce que tu veux ? une Mercedes ou une tasse de thé ? » « une tasse de thé ». Alors, elle a allumé le feu, mais c’était deux pierres par terre.

Elle a allumé le feu, allumé des brindilles, sans que je lui demande, elle m’a fait un thé. Et j’avais qu’un rêve, c’était boire du thé chaud. Elle m’a fait du thé, et puis moi avec ma chance habituelle, j’étais tombé sur une infirmière.

Elle a été cherché le dico, et elle m’a demandé que, parce qu’elle parlait à peine l’anglais, de lui montrer ce que j’avais. Alors je lui montrais les mots en anglais, en indonésien pour elle. Elle m’a donné un tas de pilules, j’ai pris ça, et là je me suis endormi.

Et le lendemain matin quand je me suis réveillé vers dix heures, plus personne dans la maison. Elle était partie à l’hôpital, son mari conduisait un taxi il était parti, les enfants à l’école, elle m’avait laissé avec sa petite fille, une petite pomme qui avait 4 ans, 5 ans, qui attendait en face que je me réveille.

Et quand je me suis réveillé, elle m’a dit « Selamat datang », « bonjour », et sans rien dire, cette petite pomme, elle a foncé vers les deux petites pierres, elle a rallumé les braises et elle m’a fait un thé. C’est une belle leçon.

MF : C’est une belle leçon.

André BRUGIROUX : Et partout où j’ai rencontré des gens, y a des gens merveilleux partout. Arrêtons de nous battre !

MF : Tu as dit à plusieurs reprises, je cite ton livre « en réalité je n’ai pas choisi de faire ce voyage, j’ai obéi ». Et c’est vrai que tu parles beaucoup de providence, de bonne étoile, de chance, et comment on fait pour justement reconnecter avec sa bonne étoile, et obéir à son destin, quelque part ? Vivre son destin ?

André BRUGIROUX : C’est-à-dire, moi je me suis aperçu que tout ce qui me tombait sur la tête, parce que c’est pas banal, faut quand même comprendre que je me suis retrouvé 7 fois en prison.

MF : Ah oui, quand même.

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André BRUGIROUX: Y a pas de date de sortie, hein. Des fois je demandais pour dormir. Là je savais que je partais le lendemain, en principe. Si le gars trouvait la clé, je ressortais. Mais quand ils me mettaient en prison sans que je demande, c’est toujours angoissant. Parce que y a des pays, ils perdent le passeport, ou ils mettent du haschich dans le sac, et ça peut mal se terminer. J’ai failli me faire flinguer, mais flinguer, une douzaine de fois. Les fameuses kalachnikovs de Charlie Hebdo, là, moi une fois c’est pas à la télé que je les ai vues, c’est dans mes côtes ! Je me suis payé une baïonnette entre les deux yeux, en Afghanistan, au pied des bouddhas qui existent plus, je croyais qu’il allait me faire un troisième œil, cet abruti ! de soldat. Sans compter que j’ai quitté les ruines d’Angkor Vat le 7 juin, c’est interdit Angkor Var, ça faisait huit jours que j’étais là-dedans, je suis parti le 7 juin, j’ai bien fait, parce que le 8, les Khmers rouges ont pris les ruines, 120 morts. Je suis parti la veille.

MF : [soupir]

André BRUGIROUX : Des trucs comme ça. Je me suis retrouvé au milieu d’un troupeau de buffles qui m’a foncé dessus au Congo, en pleine nuit. Ils cherchaient pas à m’attaquer, mais ils croyaient que j’étais derrière, et j’étais devant.

MF : Oui, et c’est comme ce lion qui s’était mis près de vous, à quelques centimètres, que vous avez vu avant de partir. C’était où, en Ethiopie, non ?

André BRUGIROUX : Voilà, j’étais en Ethiopie, je voulais aller vers le Kenya, toute la journée j’avais attendu sur la piste de terre, puis y avait ce qu’on appelle des matitis, des herbes très hautes de 2 mètres de haut.

Moi j’attendais dans cette espèce de couloir d’herbes, là, toute la journée, à rien. Et le soir à six heures, j’ai dit « bon, je vais aller au village pour boire, et chercher un coin pour dormir ». Et juste à moment-là, y a une Land Rover qui arrive. Je sors mon pouce, c’était un réflexe pavlovien, dès que j’entendais un moteur, le pouce sortait.

Il s’arrête dans cette poussière africaine, il faut cinq minutes avant de se voir, et puis il dit « vous allez où ? » je dis « je vais à la frontière du Kenya ». Je lui dis « vous pouvez m’emmener ? » « oui ok, monte ». Je prends mon sac, juste devant le moteur de la voiture, je fais deux pas en arrière pour le mettre dans la voiture, et qu’est-ce que je vois, là où était mon sac ? Y a un lion qui sort de… et qui marche où était mon sac. Et pas un tigre en peluche ! Un vrai, un gros mâle avec une grosse crinière. Et je peux plus bouger, j’étais en train de m’imaginer, j’étais assis puis ce truc qui me frôle, là…

MF : Oh, là, là.

André BRUGIROUX : Y avait le chauffeur, il tremblait, il me dit « j’ai jamais vu un lion de si près ». Mais moi j’avais une trouille ! Parce que bon, s’il a mangé, il va pas attaquer. Mais je savais pas s’il avait mangé.

MF : C’est des circonstances…

André BRUGIROUX : J’ai mis la main sur un crocodile, une fois.

MF : Ah oui oui ! C’est vrai. Vous étiez en pirogue, et bon…

André BRUGIROUX : Bah, il s’est jeté sous la pirogue, j’ai mis la main pour me rétablir, j’ai mis la main sur le crocodile. Des trucs comme ça.

MF : Oui, oui, c’est incroyable.

André BRUGIROUX : Ça paraît incroyable, mais y en a plein, je vais pas tous te les raconter. Des fois… ça j’avais 20 ans. Je faisais le service militaire avec l’OTAN, en Allemagne. On passait la visite médicale, en plein hiver.

C’était des cabanes de bois, des cabanes de l’OTAN. Et d’un coup y en a un qui dit, il regardait par la fenêtre : « Y a un avion qui nous fonce dessus ! ». Un avion de chasse américain, qui avait perdu son pilote, et qui se dirigeait où ? Droit sur l’infirmerie où on était. Droit ! La panique, tout le monde s’est jeté par la fenêtre, en slip, dans la neige et tout.

Moi, comme je suis pas costaud, je me suis fait piétiner par les autres, je leur servais de marchepied pour sortir par la fenêtre. Je me suis dit « bon là on est tous morts ». D’un coup y a eu une explosion, mais… « BAM ! », le kérosène qui a flambé, c’était tout orangé. Il s’était trouvé que 50 mètres devant l’infirmerie, y avait un poteau, il s’est éclaté sur le poteau.

MF : Wow.

André BRUGIROUX : Y aurait pas eu de poteau, il s’éclatait sur l’infirmerie où on était. Là ça faisait… tout le monde était mort. Il s’est éclaté sur le poteau, y avait plus de poteau, y avait 200 mètres de débris, le long. Le moteur est arrivé jusqu’à l’infirmerie, les boulons ont cassé les vitres et tout ça. Moi j’étais à plat ventre, j’ai eu le feu, j’ai cru que j’allais mourir. Pendant une semaine, je pouvais plus marcher après.

MF : Comment vous l’expliquez, cette chance absolue, ces circonstances qui jouent en votre faveur ?

André BRUGIROUX : Ça, je ne l’explique pas. Ça me paraît… énorme. Moi je me suis rendu compte, en tout cas, très tôt, en voyageant, que j’étais comme un chat qu’on lance en l’air, il retombe toujours sur ses pattes. Alors, ça donne confiance aussi. Ce qui me pousse pas à faire des trucs bravaches ou… braver… les imbécilités, j’allais dire. Mais ça donne quand même une certaine confiance en sachant… quand j’avais les coups durs, et tout seul, et quand on voyage, ça arrive à tout le monde… mais je savais que j’allais m’en sortir, moi.

MF : Et du coup, j’enchaîne puisque tu parles de coups durs, et je me souviens dans ton livre, il y a des moments où tu étais vraiment mentalement épuisé, à un point où tout te coûtait.

André BRUGIROUX : Bien sûr.

MF : Comment on fait, dans cette situation-là, quand on a plus ce mental, pour quand même garder le focus ? Bon là toi y a une question de survie, mais dans une situation un peu plus ordinaire, comment fait-on ?

André BRUGIROUX : Le pire, c’est quand on est malade, qu’on s’est fait voler son argent, on se retrouve, mais complètement démuni. Alors là c’est

MF : C’est ce qui t’es arrivé en Inde.

André BRUGIROUX : Oui, en Inde, on m’avait volé mon argent. Mais quand on est malade, on a 40 degrés de fièvre. Déjà quand on 40 degrés de fièvre, dans son propre lit, et y a maman chérie qui amène la tisane, on a déjà envie de se suicider. Mais quand on a 40 degrés de fièvre, tout seul, dans un fossé, dans un pays où on parle pas la langue et où on connaît personne, faut accrocher. Mais moi, c’est parce que j’avais dans ma tête… moi mon père était ouvrier, c’était un paysan auvergnat issu de la région parisienne, enfin vous voyez il avait pas d’argent, donc ça a jamais été la vie facile, ce qui a été une bonne formation pour moi, je dois dire. Mais je m’étais dit… je suis comme un gars qui a plongé dans une piscine d’eau glacée. Alors tant qu’il est dedans, il nage, il nage, mais il sait que le jour où il ressort, il ira plus se remettre dedans. Et moi je me disais, c’est tellement dur ce que je fais, je le faisais pas pour la dureté, mais c’était là aussi, je me suis dit, si jamais je suis malade, je rentre en France, je pourrai plus replonger. Faut que j’aille jusqu’au bout de mon truc. C’est ça qui peut-être me tenait. C’est dur à dire, moi-même je suis un peu étonne de tout ce qui m’est arrivé.

MF : Le message, là on pourrait dire, c’est, toujours dans la difficulté, persévérer. Parce qu’effectivement si on abandonne, à un moment donné, on n’y reviendra plus.

André BRUGIROUX : Et puis, il y a un temps pour chaque chose. Même… rien ne dure, en fait. Ça paraît gros à dire, ça, tout est… y a un temps pour chaque chose. Donc… le balancier, quand il touche le fond, il peut que remonter. Donc c’est ça… que je me disais, mais… faut accrocher, c’est pas tout le monde qui peut accrocher. Moi aussi je… parce que j’ai cherché dans le dictionnaire ! On dit « la chance ». Ben tout le monde a la chance devant soi. Seulement il s’agit de l’agripper. Mais elle est devant tout le monde. Y a pas personne, qui a pas de chance. Y a ceux qui font pas l’effort.

MF : Ça prend quoi alors, de « s’agripper » à la chance ?

André BRUGIROUX : Oui, il s’agit de la saisir, peut-être. Mais moi j’ai cherché dans le dictionnaire, y a pas de mot pour moi. Franchement. Alors, y en a qui ont « la baraka », « la bonne étoile », « protection divine », enfin y a un tas de mots, mais y a pas de mot pour moi. Franchement, je comprends pas. La vraie raison que je m’explique, parce que j’estime être un miraculé si je suis encore en vie, je pense que lorsque j’ai commencé le stop, ma mère est décédée juste avant. Ma mère, elle aurait aimé voir le monde, mais les femmes voyageaient pas comme aujourd’hui, alors.

Elle a pas pu, alors en fait j’ai réalisé son rêve à elle. J’ai fait son voyage à elle. Et je dois la remercier, parce qu’elle m’a fait le plus beau cadeau pour bien voyager. Elle m’a élevé sans préjugé de race, de couleur, de nationalité et de croyance. Ça change le voyage. Elle m’a donné la clef. Aimer les gens, c’est ça ! Et c’est pour ça que ça a marché, je crois. Et j’ai réalisé son rêve. Mais elle est décédée juste avant. Et je ne vois pas d’autre facteur qui m’a protégé que sa présence là-haut. Je peux pas en trouver d’autres. C’est elle qui m’a… mais faut voir les trucs ! Des phénomènes physiques, des fois je me suis senti le corps qui poussait par-là, et il se passe un truc juste à côté. C’est inouï. Pour ça, je pense qu’il y a autre chose.

Y en a ils croient pas à l’après-vie, chacun son truc. Mais, enfin, réfléchissons une seconde. Quand on dort, le corps ne bouge pas, on fait des rêves, on se réveille, en sueur, mais le corps n’a pas servi. Ce qui me fait dire qu’il doit y avoir autre chose.

MF : Oui, oui oui oui.

André BRUGIROUX : Il doit y avoir autre chose. Ça c’est une des preuves. Puisque que le corps n’a servi, on n’a pas bougé d’un centimètre, puis on est à cru, puis on se réveille. Donc je dis, il doit y avoir autre chose.

MF : Oui parce que le cerveau ne fait pas la différence entre le vrai et le faux. Donc c’est là où les pensées sont très importantes. Parce que ce vous créez comme pensée, va créer votre réalité, en fait. Alors on va enclencher les émotions, on va enclencher tout dans le corps.

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André BRUGIROUX : Y a une question de vibrations, comme disaient les hippies. On envoie des vibrations. Les guerres, c’est quoi, c’est le résultat des mauvaises vibrations, qui se concentrent à un moment, puis ça éclate, ça fait la guerre. Et si tout le monde lançait de bonnes vibrations, y aurait pas de… y aurait pas de guerre. Ma mère aussi, j’ai réalisé ses deux rêves. Elle voulait voir le monde, et, à l’époque, puisque ça va faire marrer les gens, mais, avant la guerre, il était de bon ton en France, on avait des 15-16 enfants, et puis qu’il y en ait un qui soit prêtre. C’était l’époque. Comme aujourd’hui en Thaïlande, il faut qu’il y ait un bonze dans la famille. Ça se perpétue là-bas. Ici ça se perpétue plus.

Mais enfin, elle aurait aimé que je sois missionnaire. Et en fait, j’ai réalisé son deuxième rêve. J’avais fait une émission de télé… de radio, avec Jacques Chancel, la Radioscopie, qui était une émission très populaire, un temps. Et Jacques Chancel, il m’avait dit : mais alors André comme ça, vous êtes un missionnaire ? Alors moi je rentrais de mon stop, brut de décoffrage, j’avais pas encore analysé tous les trucs. Je lui fais : « ah oui, alors vous me voyez avec une soutane, une barbe blanche, et les négrions autour de moi ? » et alors avec sa belle voix il me fait : « non, quelqu’un qui a une mission ».

Alors en fait, mon premier voyage de 18 ans, ça a été la partie universitaire, malgré moi. Alors y a des Français qui en ratent pas une. Y en a un il est venu me dire : « 18 ans ? Ben dis-donc t’as perdu les 18 meilleures années de ta vie ». Y en a, ils m’ont sorti ça. Alors je leur dis : « et encore, c’est pas grave, y en a ils perdent toute leur vie, alors bon, que 18 ans ».

En tout cas, ça a été la partie formation, la partie universitaire, et la deuxième partie, les 30 ans, j’ai continué à voyager pour finaliser le rêve de voir les pays que j’avais pas vus, c’était une période où j’ai voulu répartir le message que j’ai tiré du premier voyage, en fait que la Terre n’est qu’un seul pays. Ça a été une période, ça m’a permis de rencontrer des gens. J’ai des choses à partager, je comprends que les gens aient des questions. Quand on voit l’état du monde, ça porte pas à sourire. Y a rien qui porte à sourire, aujourd’hui.

MF : Justement, quel est ton avis là-dessus ? Parce que c’est vrai que quand on regarde les informations, quand on vit les choses intérieurement, c’est très difficile. Quel est ton avis sur cela ?

André BRUGIROUX : Mais y a rien qui porte à sourire. Moi je comprends les gens pessimistes, ou angoissés. Alors moi je suis de nature plutôt angoissée, parce que je suis Scorpion. C’est pas un signe tranquille, ça. Mais personnellement, je suis pas angoissé sur le futur de l’humanité. Je rentre serein.

Moi ma conclusion, c’est que la paix, puisque c’est ça dont il s’agit, elle est non seulement possible, elle est inévitable. Ça demande une explication. C’est pas un vœu pieux de mon part, c’est parce que j’ai vu qu’elle était en marche – à l’état embryonnaire, je suis d’accord – mais elle est en marche, c’est ça que j’ai constaté, et c’est ça dont je veux témoigner. En fait je me suis posé la question : pourquoi toutes ces idées de voyage ? C’est pas banal. Mais la vraie des vraies raisons… d’abord y a le rêve. On a tous des rêves. Mais on tient pas une vie sur un rêve. Faut être motivé.

Alors dans mon cas à moi, y a une motivation qui est très forte, et qui est toujours là, come à 17 ans, c’est une insatiable curiosité d’esprit. Le désir d’apprendre, de comprendre. Ça, pour moi c’est insatiable. Moi je vois une colline, aussi sec je veux voir ce qu’il y a derrière. Je vois un gars, je lui dis : « T’as vu la colline ? » « Ah, où ça ? » « Ben, tu vois pas qu’il y a une colline en face de toi ? » « Non. » Il la voit pas, le gars. Donc, ma motivation c’est une curiosité d’esprit.

Mais la vraie des vraies raisons, est apparue au bout d’une douzaine d’années, sur la route, enfin à l’extérieur de France. Je suis né avant la guerre, et là on me voit bien en image, donc on voit bien que c’est pas la première, mais bien la deuxième, merci ! Non parce que je vais dans les écoles, les mômes « M’sieur ! » ils me voient sortir de Verdun, des tranchées, je rentre chez moi le soir, « les boules » comme on dit. Non, je suis né avant la guerre, je disais ça pourquoi ?

Parce que, pour chacun de nous, les souvenirs d’enfance c’est extrêmement important. C’est comme un sac à dos intérieur qu’on porte toute sa vie. Et ça, ça peut modeler le bonhomme aussi. Et moi, mes premiers souvenirs de la vie, c’est la guerre. Mais pas la guerre à la télé ! On n’avait pas la télé. Mais on avait les Boches, comme on disait. Et donc, moi je suis ici, on est à côté de Villeneuve-Saint-Georges, j’ai passé une nuit debout sur mon lit quand ils ont bombardé le triage, là-bas. J’avais très peur, les volets qui bougeaient, le ciel orangé, tout ça.

Et je faisais un cauchemar récurrent quand j’étais enfant, je me devant un peloton de la Gestapo en train de me fusiller. Ça commençait bien ! Donc ce que j’ai fait, quand on voit ma carte, ça zigzague dans tous les sens, comme on a dit tout à l’heure, c’est pas un tour du monde, mais plus un tour des hommes. Et c’est ça que j’ai voulu faire inconsciemment. J’ai voulu rencontrer les hommes du monde entier pour connaître, bah les points communs, les différences, les cultures, et suite à mon enfance dans la guerre, j’ai voulu savoir cette question essentielle : « Est-ce que la paix est possible ? Est-ce qu’un jour les hommes vont être capables d’établir la paix ? » C’est la question primordiale.

Ma réponse est claire et nette : oui. Elle est non seulement possible, elle est inévitable. Je suis d’accord que ça demande une explication, et pour calmer tout le monde, je veux dire qu’on n’y ira pas par idéal non plus, mais il va falloir une petite fessée avant, pour être gentil. Mais en tout cas, elle est inscrite dans les gènes de l’humanité. Je pense que dans le bébé, y a l’adulte, dans la chenille, y a le papillon… D’ailleurs, si la paix ne se fait jamais, pour ceux qui croient à ça, c’est une promesse formelle de Dieu ! Ceux qui veulent regarder les textes sacrés, « Que ton règne arrive », c’est bien marqué dedans.

Donc si la paix ne se fait jamais, ça veut dire que Dieu, vous m’écoutez hein, c’est un menteur, voilà. Mais c’est à nous de la faire, c’est pas des coups de baguette magique, c’est pas des Martiens qui vont nous la faire. Y a des Français, ils attendent que les Martiens viennent nous faire la paix, je sais pas comment ils vont faire, ils peuvent déjà pas rentrer par la porte d’entrée, y a le chien méchant, la sonnette, le code et tout. Le pauvre Martien, il pourra pas rentrer. Donc non, c’est à nous de la faire. Il va falloir un homme de paix pour faire la paix, c’est évident. C’est une lapalissade.

MF : Alors André, je te cite hein, dans ton bouquin tu parles d’une « ligne de pointillés », tu dis, le but de la vie est de trouver notre ligne de pointillés.

André BRUGIROUX : Notre tracé, oui.

MF : Notre destin, et de le suivre. Comment fait-on hein, quand on a une vie métro-boulot-dodo, qu’on est la tête dans le guidon, comment fait-on pour mettre le doigt sur cette ligne de pointillés ?

André BRUGIROUX : Alors là, c’est… chacun… ça, c’est difficile. C’est la vie. Moi… c’est très fort, je pense que chacun effectivement à la naissance, je dis on a un pointillé qui est pas tracé ou un couloir. Et l’art de vivre, c’est d’avoir trouvé son pointillé, ce qui est pas facile, y en a ils le trouvent jamais, et ensuite de le marcher. Et si on est en dehors de ce pointillé, c’est là où ça crisse, on est pas bien dans sa peau, pas dans ses baskets. Moi j’ai eu cette chance, j’ai toujours été en accord avec moi-même. Ça n’a jamais crissé chez moi, même quand je faisais le stop, le dollar par jour, jamais à l’hôtel, bouffer des clopinettes, mais j’étais heureux ! je planais ! parce que j’étais dans mon truc. Mais chacun le sien. Chacun le sien. Les gars qui peignent, et qui prennent du plaisir à peindre, puis qui met tout là-dedans, c’est son pointillé, c’est parfait !

MF : Oui ou la mère de famille…

André BRUGIROUX : La mère de famille qui élève 5 gosses, quand je vois des mères de famille, mais comment elles font, les pauvres, 5 enfants, 24, 25 heures sur 24 de travail, mais j’admire ! mais elles font un travail qui est remarquable. D’ailleurs la paix, pour dire la vérité, c’est dépendant des femmes, si elles forment des enfants pacifiques, c’est là qu’on aura la paix. Les femmes ont un rôle énorme aujourd’hui à jouer. Pas seulement dans l’égalité.

MF : Un très beau message.

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André BRUGIROUX : Il s’agit pas qu’elles remplacent les hommes. Mais il faut qu’elles prennent leur place. Les hommes, ils sont là et ils veulent tout faire ! Mais non, laissez Madame travailler un petit peu. Egalité des hommes et des femmes, ça devient un des impératifs aujourd’hui. On est dans un couloir, on peut pas faire en dehors de son couloir. Et puis y a des constantes. Y a des gens, ils ont des doigts, tout ce qu’ils touchent ça fait de l’or, je sais pas comment ils font. Dès qu’ils touchent quelque chose, ils font du fric ! Moi c’est pas mon cas, en tout cas.

D’ailleurs mon rêve n’est pas d’être le plus riche du cimetière. Y en a c’est leur rêve. Ils croient qu’ils vont emmener le coffre-fort de l’autre côté. J’ai des doutes. Chacun, on a notre rôle à jouer. Il faut des gens fixes, des gens qui bougent. Néanmoins aujourd’hui, puisque ce qui est nouveau, ce qui a changé la face du monde, c’est qu’il y a plus de distance, et qu’on est dans le même bateau, il devient urgent de tous se connaître. Et préjuger, juger avant, c’est terrible. Moi j’ai des « post-jugés », je dis pas qu’ils sont toujours bons, mais au moins ils sont après. Il est important de se connaître.

Donc je pense que le voyage qui est fait de façon intelligente, pour la rencontre, connaître les gens, aimer les gens, essayer de comprendre, ça ça permet de faire avancer la civilisation. Donc il s’agit pas de passer une vie sur la route, mais au moins d’aller essayer de connaître quelque chose de très différent. Et là on revient, aucun Européen peut aller un mois en Inde, et revenir le même. C’est pas possible.

MF : Alors, justement, peut-être pour terminer cette interview, est-ce que tu as envie de transmettre une leçon de sagesse, peut-être plus ta philosophie de vie, ton leitmotiv de vie ?

André BRUGIROUX : Oui. Je pense que, aujourd’hui, dans le contexte des choses d’aujourd’hui, je pense qu’il y a une idée qu’il faut comprendre, qui n’est pas de moi, que j’ai trouvé dans les écrits d’un persan qui a un nom, difficile, Bahá’u’lláh, et il dit « la Terre n’est qu’un seul pays. Et tous les hommes en sont des citoyens. » Je crois que c’est la première chose qu’il faut comprendre aujourd’hui. Faut agir dans ce sens-là, on fait tous partie de la famille humaine, et ce persan disait autre chose qui me plaît beaucoup, il disait : « La gloire aujourd’hui n’est pas pour celui qui aime son pays, mais pour celui qui aime le monde entier ».

Bien entendu, si on veut aimer le monde entier, il faut aimer le sien en premier, et aimer soi-même, y a toute une logique. Il s’agit pas de détester son pays. Pour moi le monde, les pays c’est comme les pierres d’une mosaïque, bien entendu on peut préférer la pierre rouge, ou celle qui brille un peu oui qui est plus grosse, mais ce qui est joli, c’est l’ensemble de la mosaïque. Moi j’aime la France, je suis pas parti parce que j’aime pas la France, j’aime le fromage, c’est ici que ça se passe ! J’ai vu des pays, y a pas vache, pas de lait, pas de fromage. Comment ils font ? Mais… l’important, c’est de pas arrêter sa loyauté à sa frontière.

MF : Eh bien, c’est un très joli message de fin, merci beaucoup, André Brugiroux, de me… de nous avoir accueilli chez toi pour cette interview.

André BRUGIROUX : Voilà, je crois qu’il faut croire en soi, et à chacun de trouver sa méthode pour y arriver, moi je suis pas vendeur de méthode. Moi j’ai trouvé la mienne, c’est sûr, avec ce persan dont je parlais, qui à mon avis donne des leçons de conduite pour grandir qui sont merveilleuses, mais à chacun de juger, bien entendu.

MF : Eh bien merci beaucoup. Je vous invite, pour aller plus loin, à lire le livre d’André Brugiroux, qui s’appelle, je vous le rappelle « Le monde est mon pays ». Quant à moi, je vous dis merci d’avoir été là, je vous invite à liker, à vous abonner à la chaîne YouTube, pour davantage d’inspirations et d’interviews. On se retrouve également sur les réseaux sociaux, et à la maison, womanontour.com. Je vous dis à très bientôt, bye bye ! Au revoir André.

André BRUGIROUX : Au revoir. Et merci.

Et voilà mes ami(e)s, vous avez découvert l’interview d’André Brugiroux, un homme incroyable n’est-ce-pas ? Atypique, drôle… Qu’en avez-vous pensé, qu’avez-vous retenu ?

Laissez vos commentaires.

Vous pouvez retrouver André Brugiroux sur : http://andre-brugiroux.fr

A bientôt

Affectueusement,

woman on tour

By | 2016-11-21T16:13:01+00:00 octobre 29th, 2016|Interview, Réussir sa vie, VOYAGE INTERIEUR, VOYAGE TOUR DU MONDE|0 Comments

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Woman on tour (Marie-France pour les intimes) est entrepreneur nomade, globetrotteuse, hypnothérapeute et pranathérapeute. C'est une jeune femme sensible, qui après avoir été carriériste et connu le succès souhaité, traverse un burn-out et une mise au placard. Elle choisit alors de se créer une nouvelle vie et part faire un tour du monde seule en sac à dos. Elle en ressort grandie, éveillée. Aujourd'hui elle accompagne les femmes de tous âges désireuses d'emprunter le chemin de l'émancipation authentique. Son crédo : l'intelligence émotionnelle et spirituelle au service d'un succès cohérent dans la vie ! contact : womanontour@womanontour.com

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