//« Ces jobs à la con » – David Graeber

« Ces jobs à la con » – David Graeber

« Ces jobs à la con »

En 2013, David Graeber professeur à la London School of Economics, publie un article dans la tribune du journal Strike avec pour titre « Ces jobs à la con » (Bullshit jobs – de son  titre original).  Selon lui, nombreux sont les postes que nous occupons aujourd’hui qui ne servent plus à rien et nous poussent vers le brown-out.  Ce terme -dont il serait également l’auteur, correspond au nouveau syndrome d’épuisement professionnel qui vient nuancer le terme de burn-out en y ajoutant la dimension de * quête de sens *.

Quels sont ces fameux « jobs à la con » ?

Pour l’explication je me permets de copier un extrait de l’article publié par RTS (Radio Télévision Suisse) qui résume les fameux jobs à la con dixit David Graeber.

Les cinq types de « bullshit jobs » définis par David Graeber sont les suivants :

Les larbins: leur seul but, selon David Graeber, est de permettre à leur supérieur de se sentir important.

Le porte-flingue: à prendre au second degré. C’est par exemple un lobbyste pour une industrie du tabac, un avocat d’affaires défendant une entreprise moralement douteuse face à une pauvre victime, ou le chargé de com’ travaillant pour une entreprise qu’il ne respecte pas. Plus qu’inutile, cette catégorie serait néfaste, selon l’économiste.

Les rafistoleurs: ce sont les travailleurs qui n’existent que pour régler les pépins ou les anomalies « qui ne devraient pas exister » si le travail de base était bien fait. « Ce sont des subalternes dont le boulot est de réparer les dégâts causés par des supérieurs hiérarchiques négligents ou incompétents », écrit l’économiste.

Les cocheurs de case: ils permettent à une organisation de prétendre faire quelque chose qu’en réalité elle ne fait pas. Par exemple, une dame dans une maison de retraite qui fait remplir aux résidents des questionnaires leur demandant leurs préférences en matière de loisirs. Ces données sont compilées dans un dossier. Le temps écoulé à remplir ces cases aurait pu être utilisé pour divertir réellement les résidents.

Les petits chefs: David Graeber en décrit deux types. Il y a ceux dont la seule fonction consiste à déléguer des tâches à d’autres et ceux dont l’essentiel du travail consiste à créer des tâches inutiles, alors que leurs subalternes savent parfaitement ce qu’ils doivent faire. Ces derniers seraient bien plus productifs si leur petit chef ne les noyait pas sous des tâches inutiles.

Tous ces « Jobs à la con » contribuent largement à la perte de sens en entreprise : tant par la tâche elle-même que son caractère répétitif. Ce phénomène est lourd de conséquences sur l’employé, pouvant occasionner un brown-out.

Quelle est l’origine de cette déviance vers des « Jobs à la con » ?

L’auteur revient sur l’engouement de son article de 2013 dans un article publié également sur Strike, en anglais pour lequel je vous propose une traduction libre ci-dessous. Quelle est la genèse de ces « Jobs à la cons » ? Explications :

En 1930, John Maynard Keynes prédit que, d’ici la fin du siècle, la technologie aurait progressé suffisamment pour que des pays comme la Grande-Bretagne ou les États-Unis aient une semaine de travail de 15 heures. Il y a toutes les raisons de croire qu’il avait raison. Sur le plan technologique, nous en sommes tout à fait capables. Pourtant, cela ne s’est pas produit. Au lieu de cela, la technologie a été mise en commun, au mieux, pour trouver des moyens de nous faire travailler davantage. Pour y parvenir, il a fallu créer des emplois qui, effectivement, sont inutiles.

D’immenses groupes de personnes, en Europe et en Amérique du Nord en particulier, passent toute leur vie active à accomplir des tâches qu’ils croient secrètement ne pas avoir vraiment besoin d’accomplir. Les dommages moraux et spirituels qui découlent de cette situation sont profonds. C’est une cicatrice à travers notre âme collective. Pourtant, pratiquement personne n’en parle.
Pourquoi l’utopie promise par Keynes — toujours attendue avec impatience dans les années 60 — ne s’est-elle jamais matérialisée? La règle aujourd’hui, c’est qu’il n’a pas compté dans l’augmentation massive de la consommation. Avec le choix entre moins d’heures et plus de jouets et de plaisirs, nous avons collectivement choisi le dernier. Ceci présente un beau conte de moralité, mais même un moment de réflexion montre qu’il ne peut pas vraiment être vrai. Oui, nous avons assisté à la création d’une variété sans fin de nouveaux emplois et industries depuis les années 20, mais très peu ont quelque chose à voir avec la production et la distribution de sushis, iPhones, ou sneakers fantaisie.
Alors, quels sont ces nouveaux emplois, précisément? Un récent rapport comparant l’emploi aux États-Unis entre 1910 et 2000 nous donne une image claire (et je remarque qu’il y a un écho assez exact au Royaume-Uni). Au cours du siècle dernier, le nombre de travailleurs employés comme domestiques, dans l’industrie et dans le secteur agricole s’est effondré de façon spectaculaire. En même temps, les « professionnels, gestionnaires, employés de bureau, vendeurs et travailleurs des services » ont triplé, passant « du quart à trois quarts de l’emploi total ». En d’autres termes, les emplois productifs ont, comme prévu, été largement automatisés (Même si l’on compte les travailleurs industriels dans le monde entier, y compris les masses laborieuses en Inde et en Chine, ces travailleurs ne représentent toujours pas un pourcentage aussi élevé de la population mondiale qu’auparavant.)
Mais plutôt que de permettre une réduction massive des heures de travail pour libérer la population mondiale de poursuivre ses propres projets, plaisirs, visions et idées, nous avons vu le secteur des « services » prendre de l’ampleur, même pas autant que le secteur administratif, jusqu’à et y compris la création d’industries entièrement nouvelles comme les services financiers ou le télémarketing. Ou l’expansion sans précédent de secteurs comme le droit des sociétés, l’administration universitaire et de la santé, les ressources humaines et les relations publiques. Et ces chiffres ne reflètent même pas toutes les personnes dont le travail consiste à fournir un soutien administratif, technique ou de sécurité à ces industries, ou en fait toute une série d’industries auxiliaires (lave-chiens, livraison de pizza toute la nuit) qui n’existent que parce que tout le monde passe une grande partie de son temps à travailler dans tous les autres.

(…)
Ces « jobs à la con » permettent de comprendre dans quel système général nous nous inscrivons pour remettre du sens sur notre inconfort. Si telle était votre : non, vous n’êtes pas seul(e).

 

Ce sont ce que je propose d’appeler des « emplois de merde »…

Découvrez l’article complet ici : David Graeber / Strike

By |2019-06-25T08:14:32+00:00juin 26th, 2019|Réussir sa vie|0 Comments

About the Author:

Marie-France Marchand alias Woman on tour est devenue Experte dans l’art de mettre en œuvre le changement. Hypersensible et atypique, elle est passée d’une crise existentielle à une émancipation authentique via un processus de transformation intérieure, incluant expériences initiatiques et tour du monde. Maître praticienne en Hypnose Ericksonienne, Pranathérapeute, formée auprès de coachs Canadien&Américain, Bouddhiste et en évolution perpétuelle, elle accompagne ses clients dans un voyage intérieur où émotions et spiritualité sont ses valeurs essentielles.

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